Tentative éphémère et provisoire, à partir de ma seule petite expérience de vie,

de relater « la question de l'Homme » sous l'angle de « la spiritualité »,

telle qu'elle n'a cessé de voyager en moi de l'aube jusqu'au couchant

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" Les gens sont comme des vitraux. Ils brillent tant qu'il fait soleil, mais, quand vient l'obscurité, leur beauté n'apparaît que s'ils sont illuminés de l'intérieur." — Elisabeth Kubler-Ross

"« De même qu'il y a un objet matériel derrière chaque sensation, de même y a-t-il une réalité métaphysique derrière tout ce que l'expérience humaine nous propose comme réel. » - Max Planck


dimanche 5 mars 2017

99 - Le Libérateur asservi (partie 2)

3. - Qu'est-ce que Jésus voulait ?

Cela peut se résumer d'une manière simple, considérée  souvent aujourd'hui  comme simpliste, et dont on se moque allègrement : « aimez-vous les uns  les autres » moi-même je l’ai brocardée avec un : aimez-vous les uns sur les autres…
Évidemment c’était pas aussi simple que ça, surtout quand il avait ajouté : aimez vos ennemis !… Faut quand même pas pousser mémère…

Plus jeune, je considérais qu'il s'agissait  d'une sentence péremptoire, avant de comprendre que toute sa démarche consistait à proposer le chemin et la pédagogie, pour y parvenir. Au moins un peu, tant bien que mal. Il fallait emprunter le chemin de l'intériorité jusqu'à découvrir au fond de soi le début du commencement d'un amour universel. Il finissait alors par surgir, comme une évidence de Lumière s’impose aux yeux. Nous appartenons à une destinée humaine commune à chaque homme et à chaque femme de cette planète. Rien que ça !
Elle était là l'aventure d'un « Monde nouveau » celle d'un « Royaume » qui était une aventure d'intériorité, que l'on pouvait engager et mener jusqu’où cela nous serait accessible chacun. Selon ses choix, ses possibles.

À défaut d'y arriver pleinement on pouvait au moins commencer. Faire un bout de chemin.
Le mystère de ce type Jésus est qu'il promettait de ne pas nous abandonner en route. Pourtant il est mort depuis longtemps. Où donc pouvait-on le rencontrer désormais, si ce n'est dans les profondeurs de l'être d'une manière subtile, si peu dicible, et difficilement partageable à celui/celle qui n'en a nullement le simple pressentiment d'un possible. 

C'est de l'histoire de cette « rencontre nouvelle » dont il est question à la fin de chaque Évangile qui relate, à sa manière, la mort de Jésus et ce qui s'est passé ensuite. Comment des hommes et des femmes ont compris que d'une certaine manière « il était continué en eux »… une transmission en quelque sorte. Comme le maître d'apprentissage transmet son savoir à l'apprenti. Comme le chercheur offre sa découverte aux autres pour qu'ils puissent l'enrichir à leur tour.

Je ne vais pas m’étendre sur le pataquès de l'histoire de la sépulture de Jésus. Juste en quelques mots : un membre du conseil des juifs, qui n'a pas voté la mort de Jésus, s'arrange pour obtenir l'autorisation de Pilate de récupérer le corps crucifié (normalement il aurait dû rester en croix plusieurs jours selon l'usage, pour l'édification des foules…). Il dépose le corps dans une tombe creusée dans le rocher. Mais pour les rites funéraires il faut attendre la fin du sabbat. Donc au premier jour de la semaine qui suit des femmes viennent pour effectuer les rites. Mais, oh surprise ! Le corps a disparu ! (On a écrit plein de trucs là-dessus qui ne m'intéressent pas.)

En revanche ce qui est intéressant c'est que les femmes en question, déconcertées, aperçoivent un jardinier qui leur déclare : « pourquoi cherchez vous le vivant parmi les morts ? ».
Un jardinier : comment ne pas y voir la symbolique de celui qui cultive sa terre intérieure ? Cette terre vivante en chacun de nous, sur laquelle nous pouvons faire fleurir nos vies.
J'y retrouve ce que je développais dans le billet « laissez les morts enterrer les morts… »

Celui qui a fait la promesse d'une vie où le temps ne compte plus et où seul l’instant existe avec toute la vie qu'il comporte éternellement, ne peut délivrer d'autres messages que celui-là. Ne cherchez pas  la vie dans la mort…

Je pense qu'à ce moment-là des femmes ont compris intérieurement ce dont il s'agissait. Ensuite pour l'expliquer on utilise, comme souvent à l'époque, une petite histoire : celle du jardinier. Comme encore aujourd'hui on peut expliquer aux enfants des réalités profondes de la vie avec des petites histoires simples et parlantes. Et pas seulement qu'aux enfants…

Ce n'est pas pour rien qu'il soit question des femmes dans cette histoire. Elles qui savent ce que veux dire : porter la vie en soi ! Les hommes auxquels elles ont raconté ce truc à leur retour se sont gentiment moqués d'elles… Ah ces bonnes femmes ! Cependant ils ont couru au tombeau, probablement histoire de vérifier qu'elles avaient raconté des salades… de jardinier évidemment…
Hélas pour eux, ils durent faire le constat du tombeau vide.

Suit un autre épisode bien connu : « les disciples d'Emmaüs ».
* Deux potes qui ont mis une forte espérance en Jésus, s'en retournent chez eux, bien déçus que leur champion fut victime d'un assassinat politico-religieux. En chemin, ils en rencontrent un troisième, ils lui racontent ce malheur.
— Jésus de Nazareth, tu connais pas ? Un grand prophète pourtant largement connu dans le secteur.
Ils expliquent comment il a été arrêté, jugé n'importe comment, puis crucifié. Bref ! Tous leurs espoirs sont anéantis. 
Alors, ce compagnon de voyage, (l évangile estime que c’est Jésus lui-même) qui devait en savoir long sur les écritures, leur refait toute l'histoire, si bien qu'ils finissent par arriver ensemble à l'auberge pour partager un repas. Et là, le texte dit :
« Alors leurs yeux s'ouvrirent et ils le [Jésus] reconnurent, puis il leur devint invisible ».
Ils font demi-tour, retournent à Jérusalem pour raconter aux autres : « Comment il l'avait reconnu à la fraction du pain ». Allusion au dernier repas pris avec Jésus. Ce qui laisse supposer qu'il y avait assisté en direct. Mais pourquoi donc n’ont-ils pas reconnu Jésus dès le départ ? Si tant est que ce soit vraiment lui…

* La plupart du temps on explique cette histoire en estimant que c'est Jésus lui-même revenu d'entre les morts qui serait apparu à ces deux disciples d'Emmaüs, en chair et en os. Donc il est ressuscité. Et la plupart du temps on insiste très lourdement : il est vraiment ressuscité, mais vraiment !   comme s'il fallait vraiment s'en persuader soi-même…
Je laisse ceux qui croient cela comme çà, le soin d’en discuter entre-eux… ceux que cela intéresse pourront lire les centaines de livres écrits sur ce sujet ainsi que les centaines de sites Internet apportant moulte démonstrations,  dans un sens comme dans l'autre…

Pour ma part, ce passage de l'Évangile m'apprend comment se produit l'expérience intérieure de la présence de celui qui n'est pas. Qui n'est plus. En ce sens cela m’a été très instructif spirituellement.
D'abord les choses commencent « en chemin » : sans se mettre en route rien ne se passe.
Ensuite il faut savoir s’arrêter un bon endroit : l’auberge.
Là se crée quelque chose d’intime. - Quelque chose d’un cœur à cœur.
Et d'ailleurs ils ont cette expression : « notre cœur n'était-il pas tout brûlant »
là, tout se passe au cœur d’une relation. Une relation qui éveille et révèle.
Alors oui, se produit  une reconnaissance. « ils le reconnurent à la fraction du pain ». C'est-à-dire cette reconnaissance dans un partage. Un partage qui en rappelle un autre précédent. Ce moment qui marqua tous les esprits. Ce dernier repas.  Peu de temps avant le procès et la mort.

Sans doute faut-il pour bien comprendre que cela réfère à des événements personnels dont on fait une lecture autres que l'ordinaire des apparences.
Je pense ici au repas familial que nous avons pris après le décès et l'enterrement de mon père : mon frère, la famille restreinte, et moi.  Dans la vieille bâtisse où il demeura plus de 10 ans, dans ce village du fond de l'Ardèche. Nous avons partagé le repas, jusque très tard dans la nuit.  Sans lui. Sans sa présence physique. Et cependant il était là. Tout parlait de lui cette nuit-là. Nous avons évoqué des souvenirs, bien vivants encore. Et nous l'avons reconnu pour ce qu'il fut pour nous et ce qu'il allait demeurer. C'était très simple. Très ordinaire. Très humain. Et donc très « spirituel ».

En conclusion toute provisoire, je dirais que Jésus voulait que l'histoire continue sous forme d'une aventure intérieure, à la fois personnelle et communautaire.


mardi 28 février 2017

98 - Le Libérateur asservi (partie 1)


1. - Le constat de la religion chrétienne.

la religion intellectualise et conceptualise le divin.
Elle le décline en théories diversifiées, parfois contradictoires, et sujet à querelles théologiques.
Chacun cherche naturellement à faire prévaloir sa position intellectuelle et la pertinence de son raisonnement élaboré, affiné, construit, circonstancié, démontré à coup de :  « donc… » - « il en résulte que… »  - « on peut en déduire sans se tromper que… » - « il est ainsi démontré… » Etc.Etc. Bref, en matière de spiritualité, de mysticisme , des subtilités du Vivre,  on est dans le « CQFD »…  emballé c'est pesé !

Cette griserie intellectuelle procure des satisfactions du mental puissantes et intentes. Elle peut occuper une vie entière, du soir au matin et du matin au soir. On devient ainsi un « savant de Dieu », appelé aussi « théologien ». En comparant, compilant, structurant, démontrant, raisonnant, au fil des années des siècles, on sait désormais parfaitement « ce qu'il en est de Dieu ». Une si longue réflexion menée sur plusieurs siècles ne peut qu'établir les vérités définitives sur le sujet.

En conséquence de la conceptualisation du divin, une religion doit décliner un certain nombre de pratiques que tout un chacun se doit de respecter : 
Dogmes, credos, obligations cultuelles,  règles de conduite et de comportement, listes d'interdits,  réglementations de toutes sortes. 
Pour veiller à la bonne application de ces principes, préceptes et obligations, il est nécessaire d'installer une hiérarchie pyramidale et dirigeante. À défaut ce serait la débandade…

Ce système hiérarchique génère des procédures chargées d'établir et de veiller au respect de l'ensemble défini et immuable (la Tradition) : grosso modo il s'agira de process dualistes : autoriser/interdire ; récompenser/sanctionner ; inclure/exclure ; juger/pardonner ; condamner/porter au pinacle ; sacré/vulgaire ; prêtres/laïcs ; décideurs/exécutants ; commandement/soumission  ; hommes -qui-commandent/femmes-obéissantes;  etc.

Lorsqu'une religion existe depuis des siècles elle multiplie à l'envie l'ensemble de ses process, au point qu'une poule n'y reconnaîtrait plus ses poussins… Ainsi fleurissent des théologies multiples, contradictoires entre-elles, sur chaque point précis des concepts religieux savamment élaborés, et généralement défendus bec et ongles à la fois par les adeptes du principe considéré, et tout aussi bec et ongles par les opposants…
Cela se termine par un rapport de force où  l'autorité supérieure tranche, le plus souvent pour des raisons obscures et impalpables que l'on appelle « motions de l'Esprit Saint ».
Une fois que l'on a tranché dans le vif, on se sépare. Cela s'appelle un schisme.
Ainsi de cette longue liste des « hérésies » qui ont fait l'objet de querelles au fil des siècles. Pour les résoudre on s’est  entretué, torturé, étripé, supplicié, brûlé vif, et autres raffinements sanglants dont les hommes ont le secret.
À titre purement indicatif et non exhaustif, voici quelques hérésies de la religion chrétienne (catholicisme en particulier = considéré comme « la vraie religion ») qui furent combattues et châtiées comme il se devait  :

 Arianisme ; Gnoticisme ; Marcionisme ; Novatianisme ; Ebionites ; Cyrénaïques ; Donatisme ; Artotyrites ; Macédonianisme ; Nestorianisme ; Monophysisme ; Monoénergisme ; Pélagianisme ; Premier iconoclasme ;  Deuxième iconoclasme ; Schisme photien ; Filioque ;Tétragamie ; Schisme de 1054 ; Athinganes ; Néomessalianisme ; Phoundagiagites ; Paulicianisme ; Bobomiles ; Adoptianisme ; Schisme d’Aquilée ;  Prédestinationisme ; Dulcinistes ; Catharisme Etc. Etc.


2. - Jésus a-t-il voulu « tout cela » ?

* La chrétienté a toujours affirmé qu’elle agissait « en Son Nom ». Convaincue de faire « la Volonté du Seigneur » (en tout cas elle fit celle du saigneur….), et « celle de Dieu ».

* Jésus a très fréquemment fustigé la religion de son temps. Il a critiqué toute l'hypocrisie religieuse dont il était témoin. Ceux qui connaissent un peu l'Évangile, n'ont pas manqué de lire les propos sympathiques qu'il a l'égard des scribes et les pharisiens (les curés et théologiens de l'époque…) :

« (…) Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent ; mais n'agissez pas selon leurs oeuvres. Car ils disent, et ne font pas. Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigts. Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes.  (….) ils aiment la première place dans les festins, et les premiers sièges dans les synagogues ; ils aiment à être salués dans les places publiques, (…)   (…) Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de morts et de toute espèce d'impuretés. (…) vous paraissez justes aux hommes, mais, au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. (…) Serpents, race de vipères ! (…)



* Sa vie, son œuvre, ses propos, démontrent à l'évidence qu'il n'a jamais désiré quoi que ce soit qui ressemble à la religion chrétienne telle qu'on la connaît. Prétendre le contraire relèverait de l'hypocrisie qu'il dénonçait lui-même.

* Dans l'épisode passionnant appelé « de la Samaritaine », il précise que le lieu de la rencontre, n'est pas un temple une église ou un quelconque bâtiment sacré, mais qu'on le retrouve « en esprit et en vérité », c'est-à-dire au fond de soi-même, Là où est le Royaume. J’ai développé tout cela dans plusieurs billets. Notamment les  - 79 -  ; - 80 - ; - 81 - ;  - 82 - 

Autrement dit, il s'agit d'une aventure intérieure. Elle est à la fois très personnelle, est en même temps communautaire. Pour cela Jésus a rassemblé autour de lui des hommes et des femmes que l'on appelle « disciples et/ou apôtres ». parce que, historiquement, c'est lui qui est l'origine et qui enseigne en premier, quelque chose qui inaugure une nouveauté, que l'on ne peut découvrir que « de l'intérieur ». Le mot enseignement peut être piégé dans la mesure où il s’agirait d'apprendre des leçons comme à l'école. L'enseignement consiste à susciter l'intériorité de l'autre, à favoriser une sorte d'éveil par le dedans.

C'est ce qui s'est passé dans les premiers temps. Des communautés ont partagé et entretenu la mémoire de cet homme après son départ.
Il en est souvent ainsi dans nos existences. Pour ma part, j'ai eu le sentiment de commencer à connaître mon père « par le dedans » bien des années après son décès ; par des échanges avec ceux qui l'ont connu, par ses traces écrites, par mes souvenirs revisités, j'ai découvert la puissance et l'intensité de son amour. Rien de véritablement très extraordinaire, mais tout cela je ne l'avais pas vu.

Et puis… l'homme étant ce qu'il est, avec son goût du pouvoir, d'être le chef, on a commencé à se quereller, se diviser. Totalement l'inverse de ce que Jésus attendait : être serviteur. Ils ont oublié l'engueulade et le savon qu'il leur avait passé quand trois ou quatre  d'entre eux avaient demandé lequel était le meilleur, le plus grand… Alors on embraya sur  les querelles intestines entre Paul, Barnabé, et d'autres… Et puis un jour, cerise sur le gâteau, un Empereur romain (Constantin)  s'est converti et on a installé une religion d'État !… Qui demeure encore dans bien des pays sur la planète… Bref ! C'était le début du commencement de la fin… on voit où on en est aujourd’hui avec un État pontifical : le Vatican, ses grenouillages, ses réseaux souterrains, sa diplomatie secrète, son silence sous Hitler, ses compromissions avec la mafia, le sandale de la Banque du Vatican, ses prélats millionnaires qui sont censés vivre « dans la pauvreté », etc. etc. 
OK, il y a aussi tout un staff d’organismes caritatifs et de bienfaisance, qui sont toujours prêts à aider du moment que l'on accepte les « bonnes paroles » et quelques pratiques religieuses. (telle la prière, par exemple). Chaque bon(ne) chrétien(ne) a « ses pauvres » à s'occuper, dans un paternalisme religieux bien compris. Il paraît que c'est une bonne manière de « gagner son ciel ».

Et il y a aussi des « hommes et femmes de bonne volonté » qui ont l’espoir d’un changement et oeuvrent à celui-ci en interne. Force est cependant de constater que depuis des décennies, ces tentatives de renouvellement par l’interne n’obtiennent que de piètres résultats. J'admire ces persévérants qui ne désespèrent pas de réussir à percer le mur épais et haut de la « Tradition » avec la pointe d'une épingle à nourrice…



À suivre… items à venir :
3. — Qu'est-ce que Jésus voulait ?
4. —  Pourquoi le message de Jésus est-il entravé par une religion ?
5. — Pourquoi tant de personnes semblent avoir besoin d'une religion ? 


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lundi 20 février 2017

97 - Laisse tomber les morts !

Ils étaient un certain nombre, ceux qui avait été séduits par ce type, dont on peut aisément imaginer qu'il avait un charisme fort comme on dirait aujourd'hui. Il surprenait, attirait, n'avait pas le discours stéréotypé de tous les autres, scribes, pharisiens, docteurs de la loi, et autres savants de l'intelligentsia religieuse.

Ils étaient un certain nombre à manifester le désir de le suivre. Pour faire quoi ? Pour vivre quoi ? Au fond il ne savait pas très bien. C'était une aventure nouvelle. Ce type, venu d'on ne c'est où, un village paumé, fils d'ouvrier, pas vraiment bardés de diplômes religieux, voici qu'il avait des paroles qui donnaient le goût intérieur d'une transformation… laquelle ? On ne savait pas encore… mais au fond, ça semblait valoir la peine de le suivre… au moins pour voir…

Un maître de la loi (c'était pas rien: un spécialiste de de la loi de chez spécialiste) déclare :
—  « Maître je te suivrai  partout où tu iras ». 
Diable ! quelle envolée… ! 
Jésus, dans une formule imagée, semble lui répondre : tu ne sais pas de quoi tu parles, ni ce qui t'attend, si tu me suis ! Dans le texte juste après, il y a :

Un de ses disciples, lui dit : « Maître, permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. » Jésus lui répondit : « Suis-moi et laisse les morts enterrer leurs morts. »

Gloups ! Cela semble rude. C'est quand même l'enterrement de son père, au gars.
Il y a quand même un minimum de respect à avoir envers les morts. Ce type Jésus est vraiment bizarre !

Pour ma part, je pense que tous ces petits faits relatés, qui ont été ramassés, compilés, ne sont pas des petites histoires anecdotiques, mais des épisodes pour nous faire réfléchir, pour me faire réfléchir aujourd'hui au « comment je les entends ».

Plus d'une fois j'ai constaté dans mon existence, combien j'ai eu à côtoyer des personnes qui transportaient en elles une mort contagieuse et tentaient de  la transmettre autour à d’autres. Je ne parle pas ici des contaminations bactériennes, virales ou microbiennes comme la grippe ou autre saloperie… évidemment.
Encore que… ça peut y ressembler quelque part.
Je parlerai plutôt ici d'une sorte de « mort intérieure », parfois volontairement cultivée, les dégoûtés de vivre, pessimismes permanents, la critique systématique de tout ce qui apparaîtrait comme « pouvant aller vers un mieux », le doute sur tout, à commencer par le doute sur eux-mêmes et sa propre valeur,  « l’à-peu-près-isme », le découragement, la force d'inertie, la déstabilisation d'autrui, le narcissisme, la perversion, l’égocentrisme, le chacun pour soi, etc. etc. la liste pourrait très longues…

il me semble que chacun a sa part de mort intérieure. Moi j'ai la mienne. Je le sais. Elle tente parfois de me déstabiliser, elle y arrive temporairement. Le signal est la tristesse intérieure, le repliement, la procrastination, la critique de tout et son contraire, où la violence gratuite.

C’est ainsi que je comprends la parole de Jésus :
« Suis-moi »… c'est-à-dire fait le choix de la vie véritable, qui te fera découvrir le Royaume et le bonheur intérieur.
« Laisse les morts enterrer les morts… » , c'est-à-dire laisse tomber ceux qui n'ont qu'un seul désir : te précipiter avec eux dans le malheur, qui, paraît-il, est la seule issue dans ce monde dégueulasse et de pourriture… Rejoins donc les déclinistes de tous bords qui te promettent le chaos dès demain matin… Commence à désespérer la terre entière, et tu auras le malheur éternel !

Je sais pas vous, mais moi je préfère avoir comme maître Jésus, qui m'ouvre les portes du Royaume, m'invite à y entrer pour y donner le meilleur de moi-même à autrui, à la mesure que je pourrais, malgré mes erreurs, mes défaillances, les gestes sans amour, 
mais aussi,
m'offre la possibilité d'un certain don de soi, de générosité, d’amour des autres, de donner sans compter, de tenter de vivre de mes dynamismes fondamentaux et positifs qui ne demandent qu'à jaillir du fond de moi-même, pour peu que que j'y crois, pour peu que je cesse de dévaloriser tout et son contraire…

Les invitations de Jésus ont souvent quelque chose de radical. Dans le même temps, elles sont empreintes de la douceur et de la patience de celui qui cultive un amour vrai de son disciple.

Bien sûr il faut accepter de croire que l'on est aimé d’un certain divin.

mercredi 25 janvier 2017

96 - Vraies et fausses promesses

Dans l'Ancien Testament, il est souvent question d'une promesse. Dieu promet quelque chose à son peuple. Quelque chose qui sera « mieux ». Sortir d'une condition ancienne, pour une condition nouvelle. La promesse est souvent faite à un leader, chargé d’entraîner un peuple dans une Aventure. Abraham vers une terre nouvelle. Moïse vers la terre promise pour faire sortir un peuple de l'esclavage.
Enfin bref, il est très souvent question de quitter un endroit pour un autre, l'espérance au cœur, par fidélité à celui qui a promis. Une confiance dans la divinité.

Dans la Bible, le peuple croit en cette réalisation, c'est pour cela qu'il se met en marche. Et puis, il y a des déceptions, des errements. Le désir de revenir en esclavage parce qu'on n'était pas si maltraité que cela, alors qu'au désert on a le sentiment que la fin (la faim) s’en vient. Certes, la divinité intervient, redonne espérance, ravive des cœurs. Mais quand même… reste ce sentiment que la marche n’aboutit pas là où l'on croyait qu'était la Terre nouvelle.

*

Aujourd'hui, en France, nous sommes en pleine période électorale. C'est aussi le temps des promesses. Demain, c'est promis, nous ferons ce que nous n’avons pas fait hier. Sauf que les chemins proposés sont multiples, pour ne pas dire contradictoires, et qu'un peuple doute de plus en plus de ces vaines promesses entendues depuis des lustres, alors que, apparemment, le fameux bonheur espéré n'arrive toujours pas. On devient grincheux et revendicatif : 
— Alors ! Alors ! Ça vient oui ou m… ! 

Ce n'est pas comme dans la Bible. Les promesses, on finit par ne plus y croire et on se méfie de plus en plus de celui ou celle qui les fait. On veut un guide que l'on pourrait suivre, mais aucun n’est suffisamment crédible. Le doute a prit le dessus, la défiance est reine et la désespérance s'installe. Comme c'est insupportable, on finit par se dire qu'il est préférable toutefois de « faire comme si ». Sans doute que celui qui nous plaît vaguement remplira le contrat qu'on va lui acheter contre notre bulletin de vote. Ou alors, on ne vote plus, laissant tout à vau-l’eau, chacun pour soi, et Dieu pour personne.

*

Dans le Nouveau Testament, qui raconte l'histoire de Jésus, ainsi que celle de ses premiers adeptes, il y a aussi une promesse. Est-ce la même que celle de la Bible ancienne ou que celle de l'homme politique qui réclame les suffrages du peuple ?

La religion chrétienne, inventée après la mort de Jésus, — et en essayant de ne pas être trop caricatural, — tient sensiblement un discours global disant : aujourd’hui sur terre, c'est très dur pour chacun, demain, après votre mort, ce sera le paradis merveilleux. Patience, patience !

Si, dans une certaine « modernité religieuse », il est question d'un chemin qui commence aujourd'hui, il n'en est pas moins présenté comme plus ardu et difficile que source de joie et de bonheur ici et maintenant. La promesse que c'est le bon chemin, l’unique,  s'enracine dans une affirmation : ça fonctionne parfaitement, à cause de la vie, la mort et la résurrection de Jésus, désormais appelé Christ, Fils de Dieu, Dieu lui-même. 

*

L'homme politique dit : « le changement c'est maintenant », sauf qu'on attend toujours. Et qu'il y a quelques jours encore dans les diverses primaires (droite et gauche confondues), il est quand même toujours affirmé : ça ira mieux demain !
Grâce à moi évidemment dit : le candidat numéro un, le candidat numéro deux, le candidat numéro trois, candidat numéro quatre, etc. etc.
À chacun de choisir celui qui formule des promesses dont on tirera un bénéfice personnel. Les plus lucides des électeurs déclarent qu'ils choisiront le moins pire dans les mensonges. Il s'agit plus d'un vote par élimination, que d'un vote d'adhésion.

*

En réalité, pour qu'une promesse soit vraie, il faut que, d'une certaine manière, elle soit déjà-là. C'est  le mystère de la profondeur spirituelle, parce qu'on fait l'expérience d'un déjà-là qui va advenir.
C’est ce que Jésus propose.
C’est ainsi que je comprends le mieux cette parabole du Royaume :

Jésus dit : «Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches.» 

Voilà, tout est dit dans une petite histoire aussi simple et tellement évidente. Pourquoi quelqu’un que l’on va qualifier de sensé, planterait-t-il une toute petite graine, s’il n’avait pas la « certitude intérieure » qu'elle deviendra une immense plante potagère nourrissante pour longtemps. Si ce n'est pour toujours. Nourrissante pour soi-même et pour d'autres.
S'il fallait raccrocher un concept religieux, ce serait « l'acte de foi ». C'est-à-dire une véritable action concrète, comme ici : celle de faire l'effort de planter. Après… ça poussera….

Promesse d'abondance toute simple… enfin toute simple… Il faut pour cela rentrer de soi-même et personnellement dans le Royaume.
(Et sur ce sujet j'ai déjà écrit suffisamment… pour expliquer ce qu'est le Royaume pour moi)

Pour que la promesse s’accomplisse pleinement, il faut l'accueillir, autrement que  du bout des doigts ou du bout des lèvres, avec une forme de suspicion ou de doute, (j'ai peur de m'approcher du divin, on sait jamais… ça pourrait être  grave pour moi…).
Un peu comme on dirait : J’ai peur d’aimer et d’être aimé, ça pourrait m’être néfaste, mais quand même j’aimerais bien qu’on m’aime ! …

Accueillir la Promesse  dans un élan, celui de l'amoureux qui se jette dans les bras de l'autre parce qu'il sait que c'est là, dans ce « toi-et-moi » qu'elle s'accomplit. 
Jusqu’au jour où ce « toi-et-moi » devient un « toi-EST-moi », sans fusion ni confusion. Non pas une fusion dans un Grand Tout où l'on est indifférencié dans un magma, ni dans une juxtaposition d’un simple côte à côte d’indifférence gentille.
Il faut le côte à côte, mais relié « par  le dedans ». Être UNS tout en étant singulier….